Burn-out de l’aidant : comment le reconnaître et le prévenir ?

Est-il possible qu’assister un proche malade ou en perte d’autonomie cause une surcharge mentale qui peut mener au burn-out ? 

Suite au cumul des responsabilités personnelles et professionnelles, le rôle du proche aidant éprouve , le phénomène est réel. 

Il faut éviter le burn-out, un conseil bien difficile à appliquer dans le quotidien d’un aidant.

Nous traiterons ce sujet en passant par ces  trois piliers :

  • Mieux identifier : comprendre ce que recouvre réellement le burn-out de l’aidant, mais d’abord ce que signifie être aidant.
  • Mieux prévenir : mettre en lumière des leviers de prévention souvent méconnus ou négligés.
  • Mieux agir : à la fois individuellement et collectivement, pour éviter l’épuisement et soutenir durablement les aidants.

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L’aidance en France

De l’épuisement au burn-out, il n’y a qu’un pas. Mais encore faut-il comprendre ce qu’est le burn-out de l’aidant pour pouvoir le reconnaître et le prévenir par ses symptômes, causes, risques et moyens de prévention.

La terminologie « aidance » est encore récente. Cela désigne l’aide régulière apportée à un proche en situation de perte d’autonomie ou de handicap, qu’il vive ou non sous le même toit. L’aidé peut être un parent, un conjoint, un enfant, un frère ou une sœur. Les situations sont multiples et souvent invisibles. 

Dans la sphère professionnelle, l’aidance reste encore difficile à déclarer. Certaines entreprises demandent un formulaire spécifique, ce qui peut alourdir la charge mentale de l’aidant, mais permet aussi de reconnaître et rendre visible une réalité longtemps ignorée.

Aujourd’hui, on compte environ 11 millions d’aidants en France, dont près de la moitié occupe un emploi. Ce chiffre reste probablement sous-estimé, car l’aidance demeure très peu révélé dans la sphère professionnelle. 

Or, la part des salariés aidants va fortement augmenter dans un futur proche passant d’un salarié sur dix aujourd’hui à environ un sur quatre dans les années à venir  pour des raisons liées à l’allongement de l’espérance de vie, le vieillissement de la société et la part croissante de la population qui vit avec une maladie chronique. 

Un rôle difficile car  Selon le Baromètre OCIRP 2016, « L’âge de l’autonomie » : 

    • 44% éprouvent des difficultés pour concilier le rôle d’aidant avec la vie professionnelle ;

    • 31% délaissent leur propre santé ;

    • 32% souffrent d’une fatigue physique chronique.

La charge de l’aidant : un véritable « deuxième travail »

En moyenne, l’aidance représente 6 à 8 heures par jour, soit l’équivalent d’un temps plein de travail. Cela ne se limite pas au soutien affectif, c’est à la fois une gestion administrative et médicale, de la coordination logistique, un suivi financier, et parfois même endossé le rôle d’auxiliaire de vie ou de soignant.

Être un proche aidant n’est pas un travail quelconque, mais un rôle investi physiquement et émotionnellement. En plus de prendre en charge un proche en perte d’autonomie, l’aidant partage en effet avec lui sa souffrance ainsi que ses angoisses face à la maladie.

    • Par ailleurs, il ne faut pas négliger la dimension évolutive des pathologies et troubles du proche aidé : la charge à assumer devient ainsi plus lourde chaque jour de même que la peur de perdre la personne chère.

L’aidant porte donc plusieurs casquettes à la fois, ce qui mobilise des compétences multiples : gestion du stress, organisation, capacités relationnelles, connaissances réglementaires. Ces compétences pourraient être valorisées, mais elles s’accompagnent souvent d’une fatigue profonde, d’une culpabilité et parfois d’un repli social.

C’est ce que nous appelons « l’iceberg de l’aidance » :

    • au-dessus de la surface : absences répétées, fatigue, irritabilité, culpabilité ;
    • en dessous : solitude, anxiété, sentiment d’impuissance, troubles physiques liés à l’épuisement.

iceberg de l'aidant

Dilemmes de l’aidant

Suites aux absences répétées courtes ou pas, l’aidant développe une forme de repli social, parce qu’il a moins de temps. Jongler entre les différentes responsabilités engendre une forme de fatigue, d’épuisement. Au-delà du rôle classique de l’aidant développé plus haut, distraire et changer les idées au proche aidé peut être particulièrement épuisant, notamment en se trouvant obligé de lui épargner des fait par peur de l’inquiéter. Ce masque émotionnel qui peut s’établir amène à le la culpabilité et donc à une forme d’irritabilité en dehors

“Quand il m’arrive de prendre un café avec une amie, je rigole mais en fait je culpabilise de ne pas être avec mon parent, j’ai toujours la tête ailleurs, je ne suis jamais vraiment là”.

Il y a une forme de dissonance cognitive, émotionnelle qui se crée, voire détachement pour pouvoir tenir pendant cette période-là.

1. L’épuisement émotionnel, physique et psychologique

La lutte quotidienne contre la perte d’autonomie du proche dont on a la charge expose à un stress permanent qui se manifeste, en premier lieu, par un état de fatigue intense, voire chronique :

  • Sur le plan émotionnel, se manifestant par une grande sensibilité ou irritabilité ;

  • Sur le plan physique, car l’aidance fragilise. On devient sujet à des infections de plus en plus nombreuses et des douleurs chroniques (mal de dos, maux de têtes, de ventre …) ;

  • Et sur le plan psychologique, enfin. Le stress s’intensifie, faisant parfois submerger des angoisses, le sommeil se perturbe, etc.

2. Le détachement 

Le rôle du proche aidant accumulé aux engagements professionnels et familiaux (car oui on arrête pas de s’occuper de ses enfants quand on a un proche en besoin) devient trop lourd à porter.  Quand les tâches semblent trop exigeantes, l’inconscient réagit pour nous protéger par une prise de distance et de désengagement.

L’aidant se replie alors sur lui-même jusqu’à se détacher de ses responsabilités par un mouvement d’autodéfense révélateur d’un véritable mal-être d’autant plus lourd à porter qu’il s’accompagne généralement d’un sentiment de culpabilité.

3. L’auto-dépréciation

À l’inverse, un sentiment d’échec, d’inutilité, d’incapacité à être à la hauteur du rôle assigné peut facilement s’installer quand l’aidant n’arrive plus à suivre le rythme. Le doute et la culpabilité empêchent l’aidant de s’occuper correctement du proche. Être aidant confronte à une série de peurs :

    • peur de perdre son emploi,

    • peur d’échouer dans le soutien apporté,

    • peur de décevoir,

    • peur de l’isolement ou de la précarité,

    • peur du conflit de valeurs (carrière vs. famille),

    • peur de s’exposer émotionnellement dans un univers professionnel encore peu ouvert à ces sujets.

Ces peurs expliquent pourquoi de nombreux aidants hésitent à demander de l’aide ou à utiliser les dispositifs RH existants. La reconnaissance et la flexibilité sont souvent plus recherchées qu’un congé formel. 8 aidants sur 10 ont ainsi le sentiment de ne pas être assez soutenus ou considérés par les pouvoirs publics. A cela s’ajoute la difficulté à déléguer : demander à quelqu’un de prendre le relais est parfois interprété comme un aveu de faiblesse et source de culpabilité.

Or la place du proche aidé dans la vie quotidienne est souvent très importante, voire envahissante : 1 aidant sur 4 déclare consacrer 20h et plus à soutenir un proche. Parfois au détriment de sa santé, très souvent au détriment de sa vie sociale, personnelle et familiale. 

Ressources et dispositifs de soutien

Les ressources peuvent être :

    • individuelles : groupes de parole, associations, communautés d’entraide, réseaux sociaux spécialisés ;

    • organisationnelles : politiques RH, aménagement du temps de travail, dons de jours, groupes internes d’aidants ;

    • institutionnelles : dispositifs publics de répit, accompagnement social et financier, associations spécialisées.

Certaines entreprises innovent avec des aides d’aidance, des cartes prépayées pour déléguer certaines tâches, ou des formations spécifiques permettant à l’aidant de transformer son expérience en valeur professionnelle (VAE, reconversion, mentorat). Ces acquis peuvent se révéler utiles non seulement dans la vie personnelle mais aussi dans la sphère professionnelle. L’aidance peut ainsi devenir un véritable levier de compétences transférables, que les entreprises gagneraient à reconnaître et valoriser.

Enfin, il ne faut pas oublier que derrière ces compétences se cachent aussi des coûts invisibles : charge mentale, pression administrative, fatigue émotionnelle. C’est pourquoi, avant même de parler de burn-out, il est essentiel de comprendre cette réalité quotidienne et de donner une voix à ceux qui la vivent.

Trouver du répit pour prévenir le burn-out de l’aidant

Le burn-out de l’aidant est multifactoriel : il résulte du manque de temps, d’énergie, de sens, d’un engagement affectif trop intense et d’une absence de relais.

A ce jour, l’OMS n’a toujours pas reconnu le burn-out comme une maladie professionnelle, mais elle l’identifie comme un syndrome qui peut conduire au basculement dans des pathologies comme la dépression.

Consulter est une priorité majeure pour les aidants pour être pris en charge dès qu’ils se sentent fragilisés physiquement ou psychologiquement, en s’adressant au médecin traitant, à la médecine du travail, à un psychiatre ou même à un psychologue. La Haute Autorité de Santé a établi un mémo qui facilite le repérage et la prise en charge de ce syndrome et les professionnels de santé disposent de tests fiables et reconnus tels que le Maslach Burnout Inventory (MBI).

Un « droit au répit » a bien été prévu par la loi, mais il est peu utilisé dans les faits : il n’est donc pas rare de voir les aidants familiaux éprouver une sensation d’étouffement, voire de piège qui se referme, face à cette situation, sans qu’ils parviennent toutefois à en sortir.

Or, la prise en charge d’un proche avec les soins quotidiens, les rendez-vous médicaux ou les conduites journalières oblige parfois à un désengagement de l’activité professionnelle et les conséquences sont alors lourdes à porter : entre le manque d’efficacité au travail à cause de la fatigue ou la prise de congés sans soldes, les aidants connaissent souvent une baisse de leurs revenus et éprouvent la peur de voir leur progression stagner, voire leur poste supprimé.

Ainsi, les difficultés financières rencontrées alimentent très souvent l’état de stress chronique.

 Pour éviter le burnout suite à l’aidance voici quelques étapes clés :

  • Connaître ses limites et accepter de déléguer.
  • Adapter la relation à l’aidé, en distinguant ce qui relève de soi et ce qui appartient à l’autre ;
  • Maintenir un équilibre réaliste entre vie personnelle, professionnelle et rôle d’aidant.
  • Activer les dispositifs existants (RH, associatifs, publics).
  • Rejoindre des communautés d’entraide pour partager la charge.
  • Prendre soin de soi au quotidien, même par de petits gestes répétés.

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Notre propositions d’outils à lire dans le livre “Manager les vulnérabilités en pratique : allier inclusion et performance” aux éditions DUNOD 

Il existe de nombreux droits à faire valoir pour s’offrir un moment de pause. Le droit au répit, encore méconnu, reconnaît l’importance et le rôle des proches aidants, et prévoit plusieurs dispositions pour leur permettre de prendre un temps de repos.

Comment ? Dès que le plafond du plan d’aide APA de la personne aidée est atteint, droit au répit peut être utiliser pour financer, dans la limite de 500 euros par an, l’une des solutions de répit suivantes :

  • L’accueil du proche aidé dans une structure d’hébergement temporaire, en établissement ou en accueil familial ;

  • La prise en charge de la personne en perte d’autonomie dans un accueil de jour ou de nuit ;

  • Des heures d’aide à domicile.

Prévenir le burn-out, c’est à la fois une responsabilité individuelle et une nécessité collective. Car un aidant soutenu est un aidant plus solide – pour lui-même, pour son proche et pour son environnement professionnel et social.

Trouver des solutions de soutien et d’écoute

Prévenir et éviter un burn-out passe aussi par des solutions qui permettent d’en alléger la charge mentale. Et elles sont nombreuses.

Les groupes de paroles comme les « Cafés des Aidants » sont de véritables groupes de paroles, qui permettent aux proches aidants d’échanger sur leurs problématiques, trouver des solutions ou du soutien.

Des solutions d’écoute à distance pour entrer en contact avec d’autres aidants passent par des plateformes qui mettent à votre disposition du contenu et des conseils pratiques. Des permanences téléphoniques sont aussi disponibles 24h/24 et assurées par des experts de l’aidance.

Les associations d’aidants telles que la Maison des Aidants qui sont spécialistes de la question sont également en mesure de proposer des solutions pour prévenir et accompagner un éventuel burn-out.

Compétences acquises suite à l’aidance

Assumer un rôle d’aidant, ce n’est pas seulement accompagner une personne en perte d’autonomie au quotidien. C’est aussi endosser une multitude de tâches administratives, logistiques et organisationnelles qui exigent de véritables compétences.

 L’aidant devient tour à tour :

    • gestionnaire administratif (contact avec les mutuelles, employeurs, organismes sociaux) ;

    • coordinateur logistique (organisation des rendez-vous, des déplacements, des soins) ;

    • relais médical (gestion des dossiers, suivi avec les médecins) ;

    • parfois même auxiliaire de vie ou aide-soignant.

Ce cumul de casquettes développe chez l’aidant des ressources précieuses, souvent sous-estimées :

    • une forte capacité d’adaptation et de gestion du stress ;

    • des compétences en organisation et en priorisation des tâches ;

    • une meilleure connaissance des réglementations et dispositifs sociaux ;

    • un sens affiné de la communication avec des interlocuteurs variés (professionnels de santé, administrations, famille, employeur).

Ces acquis peuvent se révéler utiles non seulement dans la vie personnelle mais aussi dans la sphère professionnelle. L’aidance peut ainsi devenir un véritable levier de compétences transférables, que les entreprises gagneraient à reconnaître et valoriser.

Enfin, il ne faut pas oublier que derrière ces compétences se cachent aussi des coûts invisibles cités plus haut (charge mentale, pression administrative, fatigue émotionnelle). C’est pourquoi, avant même de parler de burn-out, il est essentiel de comprendre cette réalité quotidienne et de donner une voix à ceux qui la vivent.

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