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Dans le coeur du réacteur : ce que la Silicon Valley nous apprend sur l’IA, le travail et notre futur

– Interview avec Carlos Diaz (Entrepreneur et host du Silicon Carne Podcast)


« Je ne sais même plus si l’on vit actuellement dans un réacteur ou dans un cyclone. » nous annonce Carlos avec le sourire dès le début de l’échange.


Carlos Diaz est entrepreneur franco-américain, figure du secteur technologique et host du podcast Silicon Carne, il entreprend depuis 15 ans à la Silicon Valley et nous en raconte les coulisses. 

Selon lui, la Silicon Valley a toujours connu des vagues, des moments de gloire : euphorie, phases de méfiance, scandales médiatiques, bureaucratisation… puis l’explosion de l’IA qui rallume le réacteur.

Un entretien sans filtre conduit par Boutayna Burkel, dans le cadre du Cycle Décideurs – À Bout de Taf, pour comprendre ce qui se joue vraiment et ce que l’Europe doit décider d’apprendre… ou d’ajuster.


Après l’âge d’or du Web 2.0, l’iPhone, l’explosion des réseaux sociaux… puis une forme de léthargie, alimentée par la bureaucratisation des start-ups et la multiplication des scandales (WeWork, FTX…), c’est l’IA remet tout le monde au travail en y voyant une opportunité démesurée.

On passe du campus confortable au retour de “l’ambition brute” : ce n’est plus les snacks gratuits, les conciergeries internes, ni les services “feel good” qui attirent les talents.

« Le temps des campus cool est terminé. L’occasion est colossale. Il faut la saisir. » nous révèle Carlos

Mark Zuckerberg résume cet état d’esprit :

“Le véritable risque, ce n’est pas de trop investir dans l’IA. C’est de ne pas investir assez et de rater le tournant.”

Comment l’IA transforme (vraiment) le travail dans la Valley

En France, les débats tournent encore autour de :
« L’IA va-t-elle voler nos jobs ? »
« Quels métiers disparaîtront ? »
« Quels nouveaux métiers apparaîtront ? »

À San Francisco, la question est réglée depuis longtemps. Pour Carlos « Le débat n’est plus pour ou contre. Il est comment, à quelle vitesse, et avec quel niveau d’ambition ? »

Jean-Manuel Soussan (DRH du groupe Bouygues), déjà dans le Cycle Décideurs, décrivait la même dynamique  “Ce moment me rappelle l’arrivée d’Internet dans l’entreprise, où la question était : faut-il laisser les salariés y accéder pendant les heures de travail ?

Aujourd’hui, la France en est encore à questionner ce qui est déjà une évidence permanente dans la Valley.

Pour comprendre, il faut regarder la culture qui soutient ce progrès technologique.

En Europe, on s’appuie sur un État providence et notre imaginaire collectif privilégie la protection, la préservation et la prudence. Les États-Unis se reposent sur un mythe fondateur et sur l’ambition permanente de repousser la frontière. Les colons partis de la côte Est ont avancé jusqu’à San Francisco.
Ce geste fondateur est devenu une mentalité nationale. Le progrès n’est pas discuté, il est considéré comme inéluctable. 

« Ils se sentent chargés de repousser les limites. C’est ancré en eux. »

Dans la Valley, l’idée selon laquelle l’IA pourrait “voler notre travail” est obsolète. Le vrai danger est exactement l’inverse. Rater le progrès permis par l’IA. Parce que ne pas intégrer l’IA dans un métier revient à devenir moins attractif, moins performant, moins fiable. Dans certains domaines — médecine, finance, sécurité — c’est même devenu menaçant.

Alors,  en Europe comme ailleurs, une inquiétude monte “Si tout le monde code avec les mêmes outils IA, finirons-nous par produire la même chose ?

Carlos répond par une image aussi simple que brutale « C’est comme jeter des spaghettis sur un mur. La plupart tombent. Un ou deux restent collés. »

Ceux qui restent ne sont pas les plus originaux, ce sont les plus rapides. La Silicon Valley fonctionne sur la logique « Winners take all » :

  • quelques gagnants raflent tout,
  • la vitesse crée la différence,
  • l’exécution prime sur l’idée.

Alors que les outils s’uniformisent, la seule variable différenciante devient le rythme auquel on avance.

L’IA : une bataille géopolitique avant d’être technologique

L’imaginaire campus de la Valley (snacks, baby-foot, micro-services) a servi un temps à compenser des stock-options faibles dans un marché à la peine. l’IA change l’équation, les talents ne viennent plus pour le cadre, ils viennent pour l’upside.

Le modèle du 9–9–6 (9h–21h, 6 jours/7) fait son retour, non par idéologie, mais par nécessité économique.

Carlos nous rappelle une distinction fondamentale : le salaire ne rend pas riche, il améliore notre mode de vie. Le capital, si. En France, on se lève en pensant “salaire”, aux US, on se lève en pensant “equity”.

Aujourd’hui, les montants investis dans l’IA dépassent l’entendement,  des centaines de milliards pour les modèles, des centaines de milliards pour les data centers, des centaines de milliards pour les infrastructures, l’énergie, les puces.

Pourquoi une telle frénésie ? Parce que l’adversaire plane, que l’administration Biden a été jugée trop lente et que l’administration Trump promet une accélération “quoi qu’il en coûte”.

Ce n’est pas une bataille d’idées, c’est une bataille de puissance.

Sundar Pichai l’a dit très directement :

« Le risque de sous-investir dans l’IA est largement plus élevé que celui de trop investir. »

Le but de cet échange (rappelons-le) n’est pas de glorifier la vitesse pour la vitesse, ni d’applaudir le 9-9-6 ou la surperformance. Mais parce qu’une réalité s’impose : quand le marché s’uniformise, la seule variable différenciante devient le rythme auquel on avance.

Adopter l’IA en Europe ne signifie pas calquer le modèle américain. Nous n’avons pas la même histoire, pas les mêmes filets sociaux, pas les mêmes mythes fondateurs. Ce que nous propose l’IA aujourd’hui, ce n’est pas seulement un gain de productivité. C’est un choix civilisationnel. 

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